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Max
Fitoussi.
Le Lycée de Carthage qui était, et de loin, le plus bel établissement
scolaire de Tunisie.
Surplombant la mer, beau, moderne, fonctionnel, il était doté
d'une salle de sport couverte complètement équipée,
de terrains de volley-ball, de hand-ball et de basket-ball , d'aires de
sauts et de lancers ainsi que, "luxe" suprême, d'une véritable
piste d'athlétisme.
Et cela dès le début des années 50, c'est à
dire à une époque où, même en France, la majorité
des lycées étaient gris, tristes, sous-équipés
et plutôt vétustes.
Autre particularité marquante : c'était le seul établissement
"ouvert", puisque, pour y pénétrer, il n'était
besoin de franchir ni grille ni porte.
J'ai eu la chance d'y faire la plus grande partie de mes études,
primaires et secondaires, de la classe de 8ème jusqu'en 1ère,
c'est à dire de 1952 à 1961.
Pour rendre hommage à ce lycée qui a fait le bonheur de milliers
d'élèves, je me suis enfin décidé à chercher
dans mes archives et à en extraire les photos de classe de l'époque.
Me fiant à ma seule mémoire, j'ai fait figurer les noms et
prénoms des élèves dont je me souviens encore, 50 ans
après. Bien sûr, c'est incomplet et comporte sans doute quelques
erreurs. Mais j'espère qu'avec la contribution de ceux qui ont fait
partie de ces classes ou qui connaissaient leurs élèves, il
sera possible de reconstituer complètement leur exacte composition. |
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Françoise
Gilbert (ép Moyen) : Monsieur Still Le professeur
de musique avait organisé une chorale, à laquelle l'assistance
était obligatoire, le samedi après-midi.Chacun cherchait
à y échapper. Un de mes condisciples de 4ème, par
ailleurs Petit Chanteur à la Croix de Bois à la cathédrale
de Tunis (je ne dirai pas qui !) avait réussi à se faire
classer "zebla", donc dispensé de chorale. Personne n'a
oublié ce doux nom de "zebla" (=rebut, déchet)
qui désignait ceux qui chantaient faux (j'en faisais partie, à
juste titre). Tout zebla que nous étions, il fallait quand même
déchiffrer les notes au tableau et les psalmodier en rythme, tandis
que le prof tapait la mesure sur l'estrade avec un bâton. Ensuite
nous avions le droit de lire pendant que les autres chantaient.
M. Stil était connu pour son style direct et son sens quasi-militaire
de la discipline. Lorsque le trublion était un garçon, il
proposait "Untel, tu veux un coup de pied au c... ou deux heures
de colle?" Un de mes camarades de 3ème (non, je ne dirai pas
qui !) a choisi la première option. Dans un grand silence prof
et élève sont sortis dans le couloir, on a entendu un bruit,
puis ils sont revenus en classe, l'élève se frottant les
fesses : quelqu'un se reconnaît-il dans cette anecdote ?
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Jean-Louis
Atlan : J'ai passé la 5 ème 52-54 avec Claudia
Cardinale. Devenu Reporter photographe, j'ai retrouvé Claudia près
de trente ans plus tard,en 1980, sur le tournage d'un film au Perou (Fitzgaraldo).
Bien loin de Carthage, on s'est souvenu de nos années au lycée
(moi, évidement, me souvenant plus d'elle, qu'elle de moi). |
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Françoise
Gilbert (ép Moyen) : Monsieur Lecomte avait sa
salle réservée tout au bout du couloir du dernier
étage, du côté de l'escalier. Il était réputé
bon prof, "sévère mais
juste" selon la formule consacrée. Il n'élevait jamais
la voix mais
quand il s'adressait à vous avec un certain petit sourire, on serait
rentré sous terre !
A une certaine époque, un sens obligatoire avait été
établi pour les classes du dernier étage : pour aller dans
les salles les plus éloignées, il fallait obligatoirement
prendre l'escalier et non les rampes. Ce jour-là, un élève
est arrivé en retard au cours de Lecomte, qui l'envoie au secrétariat
chercher un billet de retard. L'élève part en courant et,
faisant au plus court, revient par les rampes désertes à
cette heure. Lecomte l'attend à la porte : "Vous n'avez pas
respecté le sens, repartez et revenez par l'escalier". L'élève
repart et, tout essoufflé, revient à la salle d'histoire-géo.
Lecomte lui bloque à nouveau l'entrée : "Comment !
Votre mot de retard porte 8h10 et il est
8h15 ! Retournez au secrétariat chercher un autre mot ..."
... Si je m'en souviens, c'est que cette attitude m'avait parue injuste
envers un élève qui était par ailleurs la bête
noire des profs et que
Lecomte s'est fait un plaisir de ridiculiser ...
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Martine
Cohen-Hadria : On doit la beauté du lycée
de Carthage à un architecte amoureux de la Tunisie, M.Marmey. Mes
camarades de classe - Arabes :
la petite Leila, les jumeaux Amel et Raouf Maoui, Ben Aziza, Ben Yeder,
Omar El Alami, ou Italiens (Gloko Canaméla, Antoine
Milazzo) ou Gilles Waschetti, Claude Tedescki, Sybille, Caroline Hoeveller
(Américaines) : ce brassage de nationalités ouvrait l'esprit. |
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Les
ambiances au lycée de Carthage
(écrit le 13 /10/2006)
Je m’appelle Roland Pierrot,
j’ai été élève à l’école
primaire de Salammbô de 1951 à 1956 puis au lycée de
Carthage d’octobre 1956 à juin 1958. J’essaye de me remémorer
mes impressions d’utilisateur du lycée de Carthage, la perception
des ambiances que pouvais avoir ce petit garçon, en qualité
d’élève de 6ème et 5ème M1.
C’était un lycée tout neuf, immense et magnifique et
nous avions, les copains de Salammbô et moi, la certitude d’avoir
une chance énorme de vivre là. Prendre le TGM était
une fête journalière, passer la journée sur un site
aussi prestigieux, une fierté permanente et profiter de ce ciel au
bleu intense, l’assurance de bien utiliser son cerveau (ça
je ne l’ai su qu’après).
Donc, l’ambiance générale était à l’exaltation,
une sorte d’excitation comme celle que l’on ressent quand on
part en voyage ou quand on ouvre un paquet cadeau. Peut-être percevions-nous
les ondes positives, l’énergie que dégagent les endroits
exceptionnels, après tout, Carthage, ce n’est pas rien. Il
est certain que le lycée s’appropriait cette énergie,
mais il ajoutait largement la sienne.
Nous avions l’impression d’être gâtés, aimés
des adultes qui nous offraient un lieu magnifique, large, ouvert, stimulant,
où nous allions passer une grande partie de notre vie. Pour ma part,
je le ressentais surtout à l’extérieur qui avait été
aménagé sans avarice, avec des terrains de sport, des aires
de circulation, des abords engageants.
L’ambiance visuelle était donnée d’une part par
les enfilades et perspectives rectilignes, comme celles de la façade
et des coursives à l’entrée qui donnaient une impression
dynamique, à la fois sérieuse et optimiste, et d’autre
part par le jeu des arcades qui n’étaient que des arcades comme
dans toute la Tunisie, mais épurées dans le dessin et renforcées
dans leur impact par l’effet d’enfilade. A cette époque,
je voulais être architecte, je ne l’ai pas été
mais ces arcades du lycée ajoutées aux arches et voûtes
romaines et arabes m’ont marqué à vie.
L’ambiance lumineuse était très forte, le triptyque
« lumière unique de Carthage, badigeons blancs des murs et
vert foncé des plantes méditerranéennes » faisait
tout le travail à l’extérieur, avec l’ombre contrastée
des rampes d’accès et des claustras des couloirs, à
l’intérieur.
Sur le chapitre thermique on arrête les compliments, quoique bien
ventilés les locaux n’étaient pas spécialement
frais en été et il semblait que la construction avait été
conçue pour privilégier de mortels courants d’air qui,
en hiver, nous transperçaient le corps, nous gelaient sur pieds,
rendaient l’attente entre les cours extrêmement pénible
et nous affligeaient de rhumes et bronchites qui inquiétaient nos
parents.
L’emploi très libéral du béton rendait l’ensemble
du lycée assez sonore, mais ce genre d’effet secondaire ne
gène pas de jeunes gamins, je crois au contraire qu’ils se
régalent de chahuter bruyamment dans le brouhaha général.
L’ambiance était très gaie dans les rampes et les corridors
et une fois en classe, la discipline stricte de l’époque ne
permettait pas de tester l’acoustique des salles.
En ce qui concerne l’ambiance olfactive, c’était un mélange
d’odeurs déjà connues de bord de route, avec la poussière,
l’eucalyptus, le crottin d’âne, cet arbre qu’on
appelait le faux-poivrier, les marchands de pralines, avec des parfums propres
au lycée et nouveaux pour nous, le ciment d’une construction
neuve, les effluves des vestiaires du gymnase, les produits étranges
des salles de sciences-nat.
Ce long navire échoué sur la colline avait une forte présence,
on pourrait même dire une réelle personnalité. Jamais
par la suite je n’ai pensé à un des lycées que
j’ai fréquentés comme on pense à une personne,
peut-être parce que celui-là était le premier, mais
je crois plutôt que je reprochais à tous les autres de n’être
pas à Carthage. |
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